dix fois rien

08 janvier 2012

Le soir et le silence

Certains soirs, parler me tue.

Certains soirs, je ne suis bon qu'à dire Bonsoir, et bonne nuit.

Certains soir, il y a dans cette chambre des univers marins ou des horizons ocre, des aurores boréales. Des choses que je n'ai jamais vues. Même si mes yeux brûlent, je ne saurais dire que c'est de la fatigue, ni avouer que je suis vide. Il y a un monde de rêves, des images qui surviennent ainsi pour raconter l'histoire celle de l'enfance. Qui revient, et revient livrer ces parts d'or et d'ombre à éclairer.

C'est bien la fonction des rêves.

Parfois, le soir. Il y a un être silencieux qui ne peut voir ce que je vois, ni ne comprendre ce que je m'apprête à toucher du bout des doigts, mais qui sait le silence.

Cela va bien au-delà de la fraternité, du sol et de l'eau, du simple verbe. C'est le language de la nature, celui des âges quand on n'était rien d'autre qu'un enfant, nus et spontanés, celui du feu et du froid.

C'est le soir, et le silence qui s'impose.

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Bill Callahan

Ce sont les rues de Berlin, dans un bar dont les murs se lézardent. Le début fulgurant du printemps qui allège la tristesse, porte l'espoir comme on transporte un cadavre aux souvenirs encore chauds.

C'est dans un bar de Berlin, un jour d'averse que je découvre la voix de Bill Callahan. Il n'y a personne, la serveuse qui ne parle jamais, je lui demande qui c'est. Elle me sourit comme on sourit à un idiot qui le sera moins dans les secondes suivantes, comme on sourit quand on est heureux de rendre une autre personne moins bête. Elle ne parle pas. Elle écrit son nom sur un bout de papier. Mes yeux se fixent sur le néant qui m'habite depuis la naissance, Le voyage en avion. Les bonnes soeurs et les nurses avant d'avoir un frère et une soeur, une famille. Un trou noir rempli de lumière crue, dont il est difficile de nommer les couleurs. Le néant d'avant les rencontres de ma vie. Le néant constant, comme le brouillard en plaine. Cette chanson c'est comme être renversé par une ambulance ou parvenir à se shooter à l'homéopathie.

Elle me regarde, elle sourit. Mais ce n'est plus le même sourire que ses lèvres dessinent à présent. Non celui-ci, c'est la conivence, le partage de la douleur qui dissout dans le même alcool. Alors elle comprend qu'il faut qu'elle monte le son. Il n'y a qu'elle, il n'y a que moi. Et ces millions de fêlures derrière lesquelles se cache un rien. Un monde que l'humain ne réussit à nommer encore. Ces questions volatiles. Bill Callahan. Se procurer l'album. Faire danser les chansons avec mes pas à travers Berlin, cette ville d'emprunt. Pleurer sur sa voix, comme on s'écroule devant l'océan sur l'épaule de son père qui demandera "As-tu des factures à me transmettre ?", parce que c'est sa façon de dire qu'il tient à nous. Et puis oublier. L'été passe. L'automne bombe le torse, crâne, les amours amoureuses restent impossibles, les départs se précisent.

Mais dans deux jours, je vais au concert de Bill Callahan. Je vais au concert de Bill Callahan. Je vais au concert de Bill Callahan. Odile m'a invité. Et je n'en reviens toujours pas, que je vais me retrouver dans la même salle que lui, que nous serons dans la même salle que sa voix. Je n'ose y croire.

Je n'ose y croire.

C'est peut-être ça le défi de ma vie d'adulte. Oser y croire. Oser croire et au lieu de redouter ce que j'espère, s'en réjouir et y croire.

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L'âge adulte

Je suis né en 1987 et la plupart de mes amis proches sont nés durant les années soixante-dix. Parfois, je me demande si je serais différent si j'avais vécu l'arrivée du SIDA avant la première pelle derrière le collège à 17h00, à la fin des cours ; si je m'étais demandé si le nuage radioactif pouvait vraiment s'arrêter à la frontière ; et si j'avais assisté à la chute du Mur de Berlin devant mon écran de télé, le coeur battant pour la liberté. Je ne sais pas quel serait mon regard. Comment cela a affecté la façon de danser à travers le monde de mes amis ?

Ma soeur et mon frère, eux qui ont vécu tout cela, m'ont transmis une partie de leurs savoirs. Tandis que je faisais mes premiers pas au collège, ils baignaient déjà dans les marécages du lycée. J'entendais les discordes entre eux et mes parents quant à l'heure de rentrée. Ce genre de choses... J'ai entendu, sans y faire attention mais tout en sachant qu'un jour je devrais me débrouiller pour être plus malin. J'apprenais à manier quelques cartes pour qu'on me fiche la paix. Bref, j'ai entendu très tôt parler du SIDA, de la guerre, de la politique, du désenchantement, et de l'émancipation.

J'ai eu un aperçu de l'entrée dans l'âge adulte, cet accouchement pénible de soi. Et quelque part j'ai compris que ça n'avait rien d'une partie de jambes en l'air si on voulait être libre.

Cela m'a conduit à commencer très tôt une remise profonde de mes convictions, de mes réflexes. Cette remise en question m'a d'abord conduit sur le plancher de mon premier appartement, à fumer des clopes sur le balcon le soir, puis à entreprendre une thérapie. Puisque je savais que la vie n'était, en tout cas dans un premier temps, rien d'autre qu'une série de murs en béton qui se dressent sur le chemin, ne pas perdre de temps et se donner les moyens pour les franchir. Ne pas les contourner.

Même si je suis resté le même dans mon approche du monde, emprunt d'une certaine méfiance à l'égard du monde, qu'il comporte toujours une part d'ombre et d'ordure, j'ai pas à pas extrait du sang qu'il y avait dans mes rêves une confiance dans la beauté de l'effort. La compréhension de soi déjà, et même si parfois je perds patience et que je me montre toujours péremptoire celle des autres. Que pour avancer on peut soit contourner, ou transformer, apprendre, accorder.

L'âge adulte, je ne sais pas ce que c'est. Mais j'aime croire qu'il est plus simple d'être adulte en essayant, en se laissant la possibilité à l'apprentissage intérieur, et parfois même si ce n'est pas immédiat, voire décourageant, l'apprentissage mutuel. Enfin, je veux dire… peut-être que l'âge adulte c'est comme quand Clémentine Célarié embrassait ce séropositif lors du Sidaction en 96.

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18 septembre 2011

La panne du routeur

Si je remets tout au lendemain, c'est parce que j'ai des tas de questions non résolues dans la tête un peu comme ces boites mails dont on n'arrive jamais à venir à bout. D'ailleurs ça me fait penser que je n'ai toujours pas répondu à L. qui me demandait si elle pouvait dormir chez moi le 13 août dernier.

Des questions qui restent en suspens et m'intriguent par la même magie que la petite lueur que l'on voit à travers le trou de la serrure. Des questions sur rien et qui n'ont d'importance que pour s'allumer une cigarette, se mordre l'intérieur de la joue ou regarder par la fenêtre tout à coup espérant voir la réponse apparaître dans l'air entre notre baie vitrée et celle du vis-à-vis. Lorsque ça m'arrive, qu'une question pointe, je me laisse traîner.

Je la suis. Nous partons, en train, à bicyclette, à pied. Et je me perds pendant une ou deux heures jusqu'au moment où je suis en retard. Alors j'avale mon café en trois quatre gorgées, je cherche mes clés nerveusement en jurant de ne plus les laisser n'importe où la prochaine fois, et je paierai mes factures - je réparerai ma connexion wifi - changerai le tuyau de douche plus tard, Plus tard.

Bizarrement, je finis toujours par faire les choses. Sans trop de retard, peut-être un jour ou deux. Reste ces questions qui reviennent, et repartent sans laisser de traces comme le passage des marées. En tout, leur legs est imperceptible à l'oeil nu.

Aujourd'hui, en triant enfin le tas de quatre années de factures (téléphone, amazon.com, loyer, dentiste), je me suis demandé si le fait que ces questions revenaient régulièrement signifiait qu'elles étaient importantes ou plutôt qu'elles agissaient plutôt comme une routine pas très dégourdie. Et comment se fait-il que je n'y trouve aucune réponse ?

Je me suis mis alors à me mordre la joue intérieure, une cigarette allumée entre l'index et le majeur, et je me suis dirigé vers la fenêtre. L'automne était là, se présentant tout-à-coup à nos portes. Le ciel n'était plus pareil, la lumière du jour plus rare déjà. Je regardais juste le vent balancer la cime des arbres de droite à gauche, quelque chose rappelant Gustave Doré par les nuages. Les Alpes tenant bon. Rien d'autres. Je ne pensais plus à rien. J'aime toujours me rendre compte des changements de saison, car alors tout s'évanouit comme par respect pour la nature.

C'est alors que j'ai compris. C'était suspendu entre ma baie vitrée et celle du voisin d'en face qui se ballade toujours en boxer mais qui n'était pas là à cet instant. Les réponses sont toujours là, nous les avons toutes, même les plus ardues, même celles qui nous semblent au-delà de la raison humaine. Toutes les réponses, en tout cas en bonne partie. Elles résident dans un battement de tripes, de cils ou de coeur. L'instinct, la part animale. Les réponses à ces questions qui reviennent sans cesse sont là, déjà, avant même que la question ne surviennent. Un truc dans le flot du sang qui irrigue tempes et orteils. C'est l'essentiel. L'inévitable qu'on évite, qu'on repousse parfois au lendemain par peur. Ou alors parce qu'on a trop de factures à régler, de CV à rédiger, et de routeurs en panne.

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09 juillet 2011

l'inconnu

Au bord de la piscine, j'écoute de la musique. C'est pratiquement tout ce que je fais de la journée. Je fume, fume, fume aussi. A part ça, je ne parle presque pas. Je m'arrange pour ne répondre que par un ou deux mots aux questions qu'on me pose quitte à  dire autre chose que la vérité. S'il le faut, je serai de droite.

Les gens croient que je vais mal. Ou que je m'ennuie. Même ça, ce qu'ils s'imaginent, ça m'est devenu égal. Je sais juste que ce n'est pas mon problème.

Je regarde le ciel, bleu. Partout. Parfaitement bleu. Horriblement bleu. Et je fume, fume, fume en buvant un coca et en changeant de position sur ma chaise longue. Sous ce ciel lisse, les yeux grand ouvert, je ne vois que l'intérieur et constate quel trou béant il y a là. Je me rends tout à compte qu'il y a en moi un immense espace vide. C'est peut-être d'avoir fait le vide autour de moi, de n'avoir vraiment gardé que ce qui compte de façon vitale. Ou alors ça a toujours été là, sous la main, disponible sans que je n'y ais accès. Par trop de distraction.

Je suis vide, et ça m'est égal. Je ne cherche pas à comprendre. Oui, j'ai décidé d'arrêter de m'analyser. Je suis un inconnu qui apprend à se connaître. En tant que tel. Rien d'autre. Rien de plus.

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27 juin 2011

Ponyhof

Parfois, il vaut mieux ne pas se retourner et sortir du bar comme on y est entré. Partir n'est pas quitter. Ça pourrait être mon tatouage, mon épitaphe.

Alors, je suis sorti trébuchant légèrement l'alcool et l'émotion s'accrochant à mes pas. Je venais de passer une dernière soirée avec cette classe qui était devenu, un peu contre toute attente, ma bouée. Un Saint Bernard calorifère. Une fenêtre sur une autre cour. Il y avait de l'Italie, de la Suisse, de la Tchéquie, de la France, un peu de Suède, de l'Espagne. Un peu d'ailleurs, un peu ensemble surtout. C'était ça qui était important, ensemble. Nous étions en train de nous séparer. Jamais très sérieusement, toujours avec plein de promesses. Partir n'est pas quitter. Berlin, cette ruine était devenue notre île. Du moins, c'est ainsi que je l'interprétais.

Camilla et moi venions de nous prendre dans les bras l'un de l'autre. Et ça me rappelait toute ces petites choses qui font qu'à chaque fois. Qui font que deux personnes, à un moment, dans une certaine ville, dans certaines circonstances, s'éveillent à la curiosité de l'un et de l'autre. Sans même trop parler, sans vraiment chercher ses mots. Jusqu'à se reconnaitre et se comprendre. Jusqu'à se livrer un peu, jusqu'à se préférer seuls, rien que tous les deux le temps d'une après-midi. Nous étions là, dans ce bar rockeur. Et puis, elle m'a dit ce que je n'espérais pas. Je lui ai dit ce que je pouvais. A l'abri de tous les autres. On a partagé simplement une dernière fois nos secrets. Voilà à quoi servent les oreilles aussi.

Il était temps. Un dernier regard au DJ. Partir, comme toujours. Déjà fait ça un million de fois, alors c'est plutôt fastoche. J'ai déjà en tête le mode d'emploi, les rouages, je sais comment gérer. Ach so, il ne reste plus qu'à attrapper un taxi,  ne pas vomir durant la course jusqu'à Schöneberg. Il m'a posé une question, j'ai répondu. On a commencé à se parler, avec le chauffeur, on s'est compris en allemand, ça c'était chouette. En fin de compte, tout ça roulait. Il n'y avait donc plus qu'à se laisser conduire à travers cette ville aux allures pastiche du luxe la nuit. Durant la ballade, j'ai perdu ces quelques larmes sèches de fin de saisons le long d'Alexender Platz. Certaines lignes d'une chanson française sont revenues un peu plus tard au croisement de Friedrichstrasse. La nuit était potable, agréable, vraiment l'été ; le toit de la voiture était ouvert, c'était chouette et je crevais d'envie de m'en allumer une.

Alors que nous traversions le désert acier et verre de Postdamer Platz, revenait me hanter cette phrase que Petra, notre chère Lehrerin, nous avait dit pour nous remonter le moral lors de la dernière leçon. Il vaut mieux quitter la fête à son point culminant. Avant l'aube fatiguée mais opiniâtre dont l'haleine est chargée de trop d'alcool et de trop de Malboro. Avant la sueur sèche, et les paroles effondrées avant qu'on ne les termine. Quitter Berlin à cet instant, cette enclave qui peut-être avait su réunir nos désirs en un seul point, abrité nos rêves et faire valdinguer nos âmes, était donc ce qui nous permettrait de garder intact ce souvenir si précieux, alors que nous pensions bientôt le regretter si vivement.

 

Peut-être.

J'avais des doutes là-dessus. Le regard se posait en biais sur cette petite affaire philosophique.

Non elle avait parfaitement raison. Les chansons les plus belles ne durent que deux ou trois minutes. L'avarice réduit tout en cendres. Elle a raison.

Mais ce soir-là, précisément devant la Neue Nationalgalerie, je voulais ce qu'elle ait tort. Je me suis dit, que peut-être tout ce que je faisais n'était pas une fête. Que je ne vivais pas de saison en saison dans une boite crânienne. Voilà. Que ça pouvait être là, ma chambre d'hôtel, mon port, celui où tout commence. La ville, simplement, avec ses commerces, ses 18 sortes de pq au rayons des supermarchés, la bruit de ses ambulances, son prix de ticket de métro. Son maire, mes voisins, mes amis. Etc. La ville avec ses extraordinaires et ses déprimants. La vie avec son été, son hiver. Ses hauts, ses bas. Les miens.

Ici. Une vie.

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21 juin 2011

slowdance in the s-bahn station

- Are we dancing ?
- Yeah.
- Okay.
- …
- Here, in the S-bahn station ?
- Oui.

- Why ?
- I just need to dance. A slow dance.
- There's no music.
- Do we really need music ?
- Not really. Why do you need to dance a slow dance ?
- Haven't danced a slow dance since I was fourteen. And I need that. Here's the perfect place, perfect timing. Und so…
- As friends ?
- As friends. Friends are good thing. Du clever.

Il a accepté de jouer le jeu et nous dansions dans cette station vide du S-bahn. L'un contre l'autre, au milieu du désert. Sans musique. Sans rien d'autre que le balancement et la proximité de deux tas de chair. Quoi d'autre sinon ?
Rien.
C'était un samedi soir sur la terre, enfoui dans les profondeurs d'un besoin physique et peu rationnel, peu rationalisé dans ce monde où tout est calculé malgré les restaurants français et italiens. Malgré la coke dans les salles de bains en fin de soirée. Malgré David Lynch, et les foires à Kreuzberg. Malgré les aires de jeux à Prenzlauerberg. Malgré tout. 

Sans autre raison, que j'aimais dansé des slows quand j'étais ados. Que c'était ridicule de danser avec des filles, même celles qui avaient déjà de gros seins. C'était déjà ridicule dans mon cas. Que je n'ai jamais dansé depuis. Depuis la dernière boom. Jamais avec un homme. Avec les hommes, j'ai toujours dansé sous influence, sur des musiques qui tiennent à distance. Qui imposent la performance. La perte de l'esprit, sans parvenir à être totalement spontané. Toujours dans ce regard en biais, avant la baise même lorsqu'elle demeurera un jeu de mains solitaire dans une piaule à six heures du matin.

Je l'ai approché. Il s'est laissé faire. Je l'ai emmené danser avec moi, sur ce quai. Naturellement. Rien. Sans alibi, ni motif. Le train est arrivé. C'était bien comme dans les chansons de Souchon. Naïf. Zwar. Mais agréable. Et pour une fois, il n'y avait dans cette vie, aucune fioriture. 

Nous sommes monté dans une rame blafarde qui s'est mit à avancer gaillardement à travers les tunnels d'un Berlin pas encore tout à fait bourré. J'ai alors compris que je touchais du doigt le progrès que j'avais fait dans cette vie-là. Que cette voie-là était possible, s'enrichir tout en s'allégeant. Et s'alléger tout en restant riche.

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15 mai 2011

sa langue

Elle porte un ciré orange clair, et des bottines enthracite et se promène avec un bag doré. La coupe lasse de ses cheveux clairs entoure son visage comme les rideaux d'une scène de théatre durant la représentation. Elle m'emprunte un stylo pour griffonner des bonshommes sur la Frankfurter Allgemeine de vendredi dernier.

Elle me demande qui je suis, ce que je fais. Dans une langue que je maîtrise aussi peu que l'élevage des lévriers afghans. Du coup, mes réponses sont basiques. Scolaires, appliquées. Sans effusion. Monotones. J'approfondis. Mais ça demeure aussi chiant qu'une pierre tombale. Elle me félicite, je lui demande son prénom en retour. Le train démarre, j'embarque parce qu'à vrai dire il n'y a rien d'autre à faire. Et que j'aime bien ses jambes. Pourtant, c'est le mec de derrière que je reluque avidement.

Je voudrais la faire rire. Je pourrais facilement, mais je ne connais pas les mots. Je suis coincé dans une chambre blanche sans fenêtre et ni aération. Je suis à Berlin, un dimanche entre la pluie et le soleil.

Je ne sais pas ce que j'y fais. Je retrouve certaines habitudes, je m'éloigne définitivement d'une part du monde que je me suis mis à détester. Je prends des photos et je bois de la bière. Des cafés aussi. Je marche derrière les touristes et poursuis ma route en silence.

Je voudrais la faire rire. Dans sa langue. Mais je suis au milieu d'une piscine qu'on peut confondre avec l'océan. Le ciel, ou le périphérique.

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13 mai 2011

skinny love

Je fume pour écrire des livres brûlés avant la fin de la première phrase. Je fume, mais je ne bois pas. Ma main cherche la nuit, dans l'ombre. Les yeux gris. Ou alors bruns, verts, ou bleus il parait. Je ne regarde pas. Je suis pauvre mais je prends des taxis. Leur banquette arrière est le seul endroit au monde où mon corps comprend son appartenance malgré malgré au monde. Je prends des taxis, parce qu'ils roulent milieu de nulle part. Postdamer platz. 

Je m'en fous. Il y a les odeurs, les appartements et les étages. Et les noms griffonés au brouillon de l'aurore. Je suis à Berlin, et ça se porte comme un blouson de cuir. C'est criblé de balles, c'est criblé ici et là. Je regarde, j'aimerais y croire. Je pose ma tête sur l'épaule. J'écoute le silence, j'entends le grésillement d'une cigarette. 

Je suis à Berlin. On frôle le Tiergarten. Je cherche le tigre, le fauve au milieu de la cité. On écrit jamais avec l'encre des décalcomanie. Je demande la permission d'ouvrir la fenêtre, la moustache du conducteur remune dans le rétroviseur. Je ne sais si c'est un oui ou un non. Je décide alors que c'est oui. L'air glacé, amer s'engouffre comme cette chanson de Bon Iver, Skinny Love. Je fume et je fais des photos. Il est impossible de tout dire en une phrase. Peut-être même que les mots ne servent à rien.

Je rentre, j'oublie les noms, les visages sont effacés. Pas important. Ça reviendra si ça doit revenir. Je rentre il y a des ombres sur le sol, qui sont enroulées comme un chien endormi. Inspire, expire. De l'autre coté de la fenêtre, l'enseigne d'un Doner crève dans les premiers battements du jour.

Mon âme m'attendait endormie.

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06 avril 2011

Coldplay

Il n'y a rien de plus agréable que de rentrer la nuit, tard, ivre sous une pluie battante en écoutant un truc comme Coldplay, Oasis ou Massive Attack. Ou un autre truc british. Les Stones, les Beatles. Même Lily Allen. Et pourtant.

Pourtant il fait jour. Pourtant, il fait beau à crever. Pourtant, je me suis branché sur les States. Le folk. Un truc grinçant de ferraille et de nuit aux cernes noires. Traits marqués, presque tirés au cutter. Bien avant l'âge. Les cheveux sombres, courts, les yeux lumineux. Il ne parle pas trop, il préfère regarder comme s'il se tenait dans la salle d'attente d'un dentiste. Nous avons bu du café à pas d'heure, sans trop parler. Eviter de le regarder, puisque ça pourrait tirer ce qu'il demeure de poitrail dans tous les sens, n'importe lequel. C'était la nuit et je fumais. J'enfumais, sans faire d'avance. Pour ne pas de recul possible.

Le jour, après plusieurs nuits. Ressasser ce rien qui a eu lieu. Non. Il est simplement beau, attirant, beauté poète et soignée. Ne sert à rien, au mieux il serait devenu un souvenir encombrant. Ce geste aurait envahit un lieu sacré que je protège. Que j'apprends chaque jour un peu mieux à respecter, que j'inspecte en silence. Chacun de mes pas me sert à respecter ce qui a eu lieu.

Il n'y aura rien pendant un moment, peu d'émotion. C'est une décision.

Le soleil frappe.

Le soleil dore.

Je ferme les yeux. J'écoute ma playlist américaine. La pile de paperasse s'entasse loin de moi, je suis au parc. Seul avec quelques autres esseulés solitaires qui dorment au soleil. Puisque le temps ne durera pas. Parce qu'un avion de ligne passe au-dessus de nous.

J'organise, je procrastine. J'essaie de me mettre en rythme. De sortir des brumes connes de mes nuits trop courtes. Les prochaines années. Où je vais aller, qu'est-ce que je veux maintenant que j'ai les mains, les gestes libres et insolents ? La réponse facile serait un gars gentil, avec des poils mais pas trop, bien bâti, à peine plus vieux, rigolo, avec une grosse queue, et des fringues sympas. Oui mais non, enfin oui, non. Non non. Ne sert à rien, ce n'est pas très excitant. Je suis trop jeune pour me poser dans une vie, une ville même immense. Même intense. J'ai 24 ans. C'est trop tôt.

Je vivrai donc ici, j'aurai un port, une ancre de 32 mètres carré. Mon bar, mes habitudes, mes connaissances. Mon parc, mes marques de clopes. Mes études, un job. Pis je vais partir. Souvent, le plus possible trouver un laron qui fait l'occasion. Berlin déjà. Puis ensuite, Londres ? Rome ? Madrid ? LA ? Montréal ? New York ? Tokyo ? Paris à nouveau ?

J'irai vieillir ailleurs, accumuler des heures de vol en nomade. Un plan bringueballant mais merde. S'installer à 24 ans quand tout ça peut être plus marrant, et plus honnêtes compte tenu des limites de mon coeur.

 

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20 mars 2011

pocket_guy

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19 mars 2011

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03 mars 2011

a1_0002

 

Huit heures trente six. La nuit m'est passé dessus, et cette
journée risque de m'échapper même en essayant de l'attraper
au fond du couloir. Il faut que j'achète des calbutes neufs
et range mes livres quelque part. Demain, demain. Surtout
pas aujourd'hui. Je fume, en buvant du café. La matinée,
comme les sables, avance.
Improbable. Qui suis-je ? Où est-ce que je merde ainsi ?
L'odeur d'un trop tard flotte sur ma peau, mes cheveux ébouriffés.
Il paraît que j'ai le temps…

Ranger les livres, les empiler à
portée de main et, acheter des slips : facile.
Par contre, ranger ça.  J'ai envie de croire que c'est impossible.
La vérité c'est que je veux pas. Les souvenirs, les étoiles, l'empreintes
des mains sur mes hanches, les photos, l'Inde et Beaubourg. La
peau fine comme les averses de juin. J'ouvre cette parenthèse devant
face au miroir de la salle de bain.
Deux ans, et puis bouger. Aller de l'avant.
Des phrases et des geste dont j'avais vaguement
entendu parler. Ici, et là. Sans jamais y faire attention.
Nous appartient un langage qui va au-delà de l'histoire commune.
Alors évoluer c'est le terme qui convient à cette danse à 2,
ranger voguerait à l'impropre et l'indigne.
Ça commence à tourner rond.


Je me retrouve dans la rue, en bas de chez moi.
Ipod nano. Nike. Veste Adidas. Bonnet, écharpe. Ipod nano, écouteurs.
Courir. Longtemps que ça ne m'était pas arrivé, j'ai rien décidé.

Malgré l'air froid en pleine figure, je tiens une cadence douce et
régulière. Quatre ou cinq kilomètres serait une bonne chose ; pour
une première fois, je ne forcerai pas.
Le froid, les chiens et  leur maître. Les gens vont bosser. Soleil glacé.
L'insulte des manchettes de journaux, pire de jour en jour.
Tout ça n'est rien.
Jean-Jacques Goldman – Elle a fait un bébé toute seule.
 Je n'ai rien décidé, j'ai simplement enclenché mon ipod et
c'était là. En MP3, tapi et oublié dans un baladeur.
Entre gris clair et gris foncé.

L'album de mon enfance. Des voyages dans  le Languedoc,
en Espagne, des routes menant aux plages de galets en Italie.
Traversées des Alpes.
La faute à mon frère ou ma soeur. J'avais
l'âge de rien. Celui où on commence tout juste à comprendre
qu'on est en vie, qu'il faudra décider si c'est
une chance ou une malédiction.

Respirer. Inspirer, expirer. Encore et encore. Cligner des yeux,
Foulée régulière.
J'écoute les autres chansons. Je vais me faire l'album entier.
L'air est froid, le jour aveuglant.
Là-bas, Puisque tu pars. Filles faciles. Il y a. Il changeait la vie.
Elle a fait un bébé toute seule. &ct…

Chier quand même. Pourtant, j'ai autre chose dans cet ipod. Massive Attack.
Kanye West. Blockhead. Chemical Brothers.

Non: Entre gris clair et gris foncé. Je reste bloqué dessus.
 
Il s'agit d'une attirance informe et presque malsaine.
De ma propre histoire, ou mon reflet tel que je l'envisage.
Entre gris clair et gris foncé.
Parce que c'est là, entre les deux, que se situe mon sort.
Entre l'un et l'autre, j'hésite. Faudrait que je me décide.

Entre deux reflets, l'un gris clair et l'autre gris foncé.

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